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Rencontre avec l'artiste Aborigène Simon Hogan du Great Sandy Desert

Peinture de l'artiste Simon Hogan. Exposition à venir en Juin 2016 à la galerie sur le Spinifex Art Project. Courtesy the artist and the Spinifex Art Centre.

Peinture de l'artiste Simon Hogan. Exposition à venir en Juin 2016 à la galerie sur le Spinifex Art Project. Courtesy the artist and the Spinifex Art Centre.

Un peu comme dans le Petit Prince de Saint Exupéry, un jour j’ai rencontré un homme en plein désert rouge.  Il était assis sur le sol, le dos droit, avec ses cheveux et sa barbe blanche coulant sur ses genoux. Sa posture hiératique me faisait penser à un bouddha en méditation.

Par intermittence, il peignait à l’aide d’un mince pinceau, une toile disposée à même le sol. Ses 20 chiens tout autour de lui profitaient des derniers rayons du soleil. Ils sollicitaient ses caresses avant de soupirer de reconnaissance, quand ils ne traversaient pas la toile avant d’être sévèrement repoussés.

Le froid s’installait progressivement en cette fin de journée. Sous ce toit en tôle ouvert à tous vents, l’artiste continuait de peindre avec minutie et patience. Nous nous rapprochions de lui avec discrétion.

Les Aborigènes du Great Sandy Desert

La manager du centre d’art me le présente. Simon Hogan fait partie du groupe Spinifex, d’où sont issus les derniers nomades Aborigènes à avoir quitté le Great Victoria Desert en 1986, dans le sud-ouest de l’Australie. Son regard est direct et souriant. Immédiatement il se met à démarrer une conversation et présente son œuvre. Simon Hogan évoque les arbres qui confinent à l’abstraction, les cheminements des pistes chantées sur le territoire, les trous d’eau indispensables à la vie. Seul hic, il utilise sa langue aborigène de son clan Pitjantjatjara pour nous parler pendant plus de 20 mn, avec seulement 4 mots d’anglais. On me traduit l’essentiel.

Pendant que Simon Hogan parle, ses yeux s’animent avec une étrange vivacité derrière un visage parcheminé par le soleil et l’air sec du désert. Cet homme sage rayonne de joie de vivre, d’une volonté d’échange. Il n’y a plus cette méfiance que je voyais chez les artistes Aborigènes proches d’Alice Springs.

Sa parole est comme un oracle quand il explique son œuvre. De multiples anecdotes ponctuent le trait, émaillent les motifs. Il est un grand maître et gardien du territoire dans sa communauté et sait ce qu’il peut évoquer et partager y compris avec des étrangers.

Les Aborigènes récupèrent 55 000 km2 avec leurs peintures

Je comprends que les Aborigènes sont ici chez eux, sur ce territoire immense qu’ils ont récupéré grâce à leurs peintures. Dans le cadre du native act title, leurs œuvres d’art ont permis de souligner les contours de leur territoire ancestral et de solliciter les tribunaux australiens. Plus de 55 000 km2 de terre furent restituées en 2000 à Simon Hogan et aux anciens de sa communauté.

Je suis juste un invité ici : la communauté et le centre d’art sont gérés par cet homme et ses pairs. Avec harmonie, il célèbre sur cette toile ses traditions, y invitant ses connaissances ancestrales sur des millénaires. Les artistes Aborigènes comme lui ont commencé à peindre ici en 1997.

La manager du centre d’art me présente à l’artiste. Découvrant mon activité de galeriste, Simon Hogan souligne tout son intérêt pour venir un jour me rendre visite à l’autre bout du monde. Il est allé il y a quelques mois en Asie pour une exposition. Ce fut pour lui un souvenir mémorable : voir ses œuvres accrochées et respectées dans un autre univers. C’était aussi la première fois qu’il prenait l’avion, qu’il allait dans une ville, d’autant plus à l’étranger. Les contrastes devaient être frappants. Depuis il a rencontré le Prince Charles à Londres dans le cadre de l’exposition d’art Aborigène au British Museum. Une star.

L'artiste rencontre le Prince Charles à Londres

Il continue de parler et d’évoquer sa terre. Nous échangeons des regards, des gestes, pour souligner tout le respect et cette empathie mutuelle qui nous habite.

A nouveau je regarde sa peinture. Son style m’étonne, avec ces arbres stylisés qui confinent à l’abstraction, ces parcours nomades qui semblent à la fois chaotiques et organisés sous son pinceau. Son œuvre aborigène me questionne. Elle sera bientôt terminée dans quelques jours. Elle figurera la mémoire d’un pan de la culture continue la plus ancienne au monde. Elle portera demain leur vision sans doute à l’autre bout du monde et interrogera nos cultures si différentes.

C’est un peu comme si mon ancêtre le plus ancien tissait un dialogue avec moi, tout en partageant l’intensité de sa culture et me demandait : Que fais-tu de ton monde ? Comment le célèbres-tu aujourd’hui avec respect ? Regarde ce qui compte ici, ce qui constitue le noyau de notre vie. N’y-a-t-il pas des messages immuables à lire dans ces œuvres ? Tu devrais continuer d'apprendre...

A suivre :
En juin 2016 la galerie Aboriginal Signature présentera une exposition des artistes clefs du Spinifex Art Project à Bruxelles.

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