Exposition d’art Aborigène “Exposition d’art Aborigène “Ngura Wiru Mulapa - Very Beautiful Country”

En association avec le centre d’art d’Iwantja Arts, Indulkana (APY Lands).
A la galerie Aboriginal Signature Estrangin : 101 rue Jules Besme, 1081 Bruxelles.

Vernissage sur RDV le mardi 21 avril 2026 de 14h30 à 21h30.

Ensuite la galerie vous reçoit sur RDV, du mercredi 22 avril au samedi 23 mai 2026, du mardi au samedi, de 11h à 19h : vous pouvez également réserver votre visite dés à présent dans notre agenda ici.

L’artiste Maringka Burton, présente dans l’exposition “Ngura Wiru Mulapa - Very Beautiful Country” à Bruxelles avec trois œuvres © Photo by Lisa Hatz 2024, with the courtesy of the artist & Iwantja Arts

Que signifie qualifier un lieu de « beau » ?

Dans le contexte des terres Anangu Pitjantjatjara Yankunytjatjara (APY Lands), l’expression Ngura Wiru Mulapa — « very beautiful country » — ne renvoie ni à une qualité visuelle, ni à une conception du paysage comme objet de contemplation esthétique. Elle désigne plutôt une condition d’intégrité relationnelle : un territoire vivant, connu, et continuellement activé par les récits ancestraux (Tjukurpa), les responsabilités sociales et l’expérience vécue. La beauté, dans ce cadre, n’est pas une catégorie optique. Elle est l’incarnation d’une harmonie et équilibre entre toutes choses établies

Peinture de l’artiste Maringka Burton - Anamaruku Tjuta (Many Caterpillars) - 198 x 198 cm - 642-22. © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Les œuvres réunies dans cette exposition sont issues du centre d’art Iwantja Arts, structure appartenant et administrée par la communauté d’Indulkana. Elles ne doivent pas être appréhendées comme des représentations du territoire, mais comme des manifestations de celui-ci. La peinture y fonctionne comme un mode de transmission du savoir et comme un dispositif d’articulation spatiale — un moyen de maintenir et de renouveler les relations entre les personnes, les lieux et les récits ancestraux.

Ce qui peut apparaître, de prime abord, comme une abstraction relève en réalité d’un langage visuel hautement structuré, ancré dans des sites précis, des trajectoires et des protocoles culturels.

Betty King - Maḻangka Puyini (After Rain) - 198 x 167 cm - 858-24 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Dans les peintures de Rosalind Tjanyari, les champs chromatiques denses et les formes interconnectées évoquent des réseaux de circulation et d’énergie. Héritière d’une lignée de ngangkari (guérisseurs), son travail peut être compris comme une cartographie de systèmes relationnels de soin — des trajectoires reliant les corps, les communautés et le territoire . La surface picturale ne constitue pas un plan, mais un champ d’activation.

De manière analogue, les compositions de Betty Chimney encodent une connaissance fine du territoire. Ses peintures renvoient à des sites spécifiques — rivières, points d’eau, formations — articulés à travers une écriture picturale dense qui conjugue topographie et récit . Ce qui pourrait être perçu comme une ornementation relève en réalité d’une précision spatiale.

Peinture de l’artiste Trisha Singer - Tali Ngura (Sandhill Country) - 167 x 152 cm - 76-25 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

La mémoire et le mouvement constituent des dimensions centrales

Dans les œuvres de Rene Sundown, les motifs linéaires répétés tracent les contours du pays de dunes. Ces peintures s’ancrent dans une mémoire corporelle — celle d’une enfance passée à parcourir ces paysages, à les éprouver physiquement . Peindre devient alors un processus temporel, réactivant l’expérience plutôt que représentant un espace figé.

Les compositions de Emily Cullinan procèdent également de trajectoires vécues. Elles évoquent des déplacements sur de longues distances, structurés par les points d’eau, les reliefs et les itinéraires essentiels à la survie . Il ne s’agit pas de cartes au sens occidental, mais de géographies narratives — des savoirs en mouvement.

Nellie Ngampa Coulthard - Tjuntala Ngurangka (Country with Acacia Wattle) - 152 x 152 cm - 480-25 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Les récits ancestraux — Tjukurpa — ne sont pas figurés de manière symbolique : ils sont inscrits dans la matière même de la peinture.
Dans les œuvres de Maringka Burton, le Anumara Tjukurpa (Caterpillar Dreaming) se déploie à travers des formes rythmiques et sinueuses qui renvoient aux trajectoires des êtres ancestraux à l’origine du paysage . Ces parcours sont compris comme ayant façonné le territoire lui-même ; la peinture agit dès lors comme une trace active de cette histoire.

L’exposition met également en lumière
les dimensions genrées du territoire et du savoir


Les peintures de Sallyanne Roberts, consacrées au site de Kuru Ala, rendent visibles des espaces réservés aux femmes — lieux de cérémonies, d’initiation et de guérison . L’accès à ces lieux, comme les savoirs qui y sont associés, est structuré par des protocoles culturels précis.

Dans les œuvres de Nellie Coulthard, les cycles végétaux, les floraisons après la pluie et les ressources alimentaires témoignent d’une connaissance intime des rythmes écologiques du désert . La beauté y réside dans les processus de régénération et de subsistance, plutôt que dans l’apparence.

Eric (Mungi) Barney (1973) - Ngura (Country) - 152 x 122 cm - 240-25 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Pris dans leur ensemble, ces travaux remettent en question les distinctions dominantes entre abstraction et figuration, esthétique et fonction, art et savoir.

Ils proposent un modèle dans lequel la peinture est indissociable du territoire, de la loi et de la vie. Le concept de Ngura Wiru Mulapa invite ainsi à reconsidérer la beauté comme une condition relationnelle — émergente du maintien des liens entre récits ancestraux, systèmes écologiques et structures sociales.

S’engager avec ces œuvres suppose un déplacement du regard. Il ne s’agit plus d’observer un paysage distant, mais de reconnaître une présence active. Il ne s’agit plus d’interpréter une image, mais d’entrer dans un système de relations. Dans ce contexte, la beauté n’est pas ce qui se donne à voir. Elle est ce qui permet au monde de se maintenir.

Peinture de l’artiste Yatjiki Cullinan - Ngura (Country) - 198 x 152 cm - 137-22. © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Ainsi, la notion de beauté convoquée dans cette exposition engage une reconfiguration profonde des catégories esthétiques occidentales.

Elle ne repose ni sur la contemplation distante, ni sur la maîtrise formelle, ni sur la singularité de l’artiste. Elle est relationnelle, située, collective. Elle implique une responsabilité : celle de maintenir les liens entre les êtres, les lieux et les récits.

Iwantja Arts, en tant que centre d’art dirigé par la communauté, incarne précisément cette articulation entre création contemporaine et continuité culturelle. Les artistes ne produisent pas des œuvres au sens occidental du terme : ils participent à un système vivant où peindre revient à activer, transmettre, préserver.

L’artiste Rosalind Tjanyari, présente dans l’exposition “Ngura Wiru Mulapa - Very Beautiful Country” à Bruxelles avec deux œuvres © Photo by Iwantja Arts with the courtesy of the artist.

Rosalind Tjanyari (1971) - Ngura Kuuti (Spirit Country) - 198 x 167 cm - 532-23 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Regarder ces œuvres suppose alors un déplacement. Il ne s’agit plus de chercher une image du désert, mais de reconnaître une présence.
Il ne s’agit plus de juger une forme, mais d’entrer dans une relation. Car dans Ngura Wiru Mulapa, la beauté n’est pas ce qui se donne à voir.
Elle est ce qui relie, ce qui persiste, ce qui rend le monde habitable. Elle est, fondamentalement, une forme de vérité.

UNE EXPOSITION SIGNIFICATIVE À BRUXELLES

Présenter aujourd’hui ces œuvres à Bruxelles, dans le cadre d’Aboriginal Signature – Estrangin Gallery, revient à créer un espace de rencontre entre deux systèmes de perception du monde. D’un côté, une culture visuelle fondée sur la représentation.

Entrer dans cette exposition, ce n’est pas regarder des œuvres. C’est accepter de déplacer son regard. De quitter la représentation pour entrer dans la présence. De comprendre que certaines peintures ne se regardent pas : elles se traversent.

Peinture de l’artiste Rene Sundown - Ngura Tali - Sand dune Country - 305 x 122 cm - 754-24 © Photo : Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of the artist and Iwantja Arts.

Découvrez les peintures disponibles de l’exposition :