Exposition d’art Aborigène “Quand l’art Aborigène rencontre les étoiles : les histoires de la Création”

En partenariat avec le centre d’art de Warlu.
A la galerie Aboriginal Signature Estrangin : 101 rue Jules Besme, 1081 Bruxelles.

Vernissage sur RDV le mardi 23 juin de 14h à 21h30.

Ensuite la galerie vous reçoit sur RDV, du mercredi 24 juin au vendredi 17 juillet 2026, du mardi au samedi, de 11h à 19h : vous pouvez également réserver votre visite dés à présent dans notre agenda ici.

L’artiste Athena Nangala Granites - Yanjirlpirri / Napaljarri-warnu Jukurrpa — le Rêve des Sept Sœurs. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Warlu Art and the artist.

Depuis des dizaines de milliers d'années, les peuples aborigènes d'Australie lisent le ciel nocturne comme une carte, une loi et une mémoire. Les étoiles y guident les déplacements, fixent les parentés, rythment les cérémonies et relient chaque lieu de la terre à un récit de la Création — le Jukurrpa, ce que l'on traduit improprement par « Temps du Rêve ». Loin d'être figée, cette cosmogonie entre ciel et terre est convoquée au présent, aujourd'hui encore, dans le geste de peindre.

C'est ce dialogue entre la terre et les étoiles que cette exposition donne à voir, à travers les œuvres des artistes de la communauté de Yuendumu, dans le désert central, et de leur centre d'art Warlukurlangu — dont le nom signifie « appartenant au feu » en langue warlpiri. Fondé en 1985, c'est l'un des plus anciens et des plus importants centres d'art aborigènes, héritier direct du mouvement né à Yuendumu et Papunya au tournant des années 1970, dont les peintres ont notamment réalisé la célèbre peinture au sol de l'exposition Magiciens de la Terre au Centre Pompidou en 1989.

Au cœur de ces récits, l'un des plus puissants du continent : celui des Sept Sœurs, les Pléiades. Sept femmes ancestrales du groupe Napaljarri, poursuivies sans fin à travers le ciel par un prétendant — Jukurra-jukurra, l'étoile du matin, ou Nyiru/Orion selon les peuples. Pour échapper à cette poursuite, les sœurs se transformèrent en feu et s'élevèrent au ciel pour devenir des étoiles. Une histoire de transmission, de résilience et de liberté, que l'on retrouve étonnamment des peuples d'Australie aux Grecs anciens. Car ici, un même principe gouverne tout : le ciel raconte ce que la terre cache, et la Voie lactée est le miroir des paysages terrestres. Chaque point d'eau, chaque trace au sol répond à une constellation.

Huit artistes de Yuendumu, huit chemins entre la terre et le ciel

Chacun et chacune porte, selon sa lignée et ses droits hérités (kirda), les récits de Création qui lui reviennent. Du plus céleste au plus terrestre, tous disent le même dialogue entre le sol et les étoiles.

Athena Nangala Granites (née en 1994) peint le ciel lui-même. Arrière-petite-fille de Paddy Japaljarri Sims, l'un des fondateurs de Warlukurlangu, et petite-fille de la célèbre Alma Nungarrayi Granites, elle porte le Yanjirlpirri / Napaljarri-warnu Jukurrpa — le Rêve des Sept Sœurs. Sa lecture lumineuse de la voûte nocturne — les Pléiades, l'étoile du matin qui les poursuit, Orion en arrière-plan — lui a valu une reconnaissance internationale. Elle est le cœur stellaire de cette exposition.

Michael Jangala Gallagher et Margaret Nangala Gallagher portent le Yankirri Jukurrpa — le Rêve de l'Émeu de Ngarlikirlangu. Or l'émeu est l'une des grandes figures du ciel aborigène : l'Émeu céleste, dessiné non par des étoiles mais par les nuages sombres de la Voie lactée, de la Croix du Sud jusqu'au Scorpion. Quand l'émeu apparaît au ciel, il annonce au sol la saison de ses œufs. Leur récit de l'émeu et de l'outarde, rivaux pour les fruits du bush, est ainsi le double terrestre d'une constellation qui commande le calendrier.

Sabrina Nangala Robertson (fille de l'immense Dorothy Napangardi) peint le Ngapa Jukurrpa — le Rêve de l'Eau de Pirlinyarnu. Mais son eau vient du ciel : deux ancêtres faiseurs de pluie chantent un orage, les nuages s'amoncellent, et un faucon brun emporte la tempête à travers le firmament avant de la laisser tomber pour créer un grand marais. C'est le ciel comme force et comme source — une cosmologie des éléments où la météorologie céleste façonne la terre.

Vanetta Nampijinpa Hudson peint le Warlukurlangu Jukurrpa — le Rêve du Feu, le récit même qui a donné son nom au centre d'art. Le feu y est l'élément du passage : c'est en se transformant en feu que les Sept Sœurs s'élèvent et deviennent des étoiles. Son récit du vieil homme lézard et du grand feu de brousse tient le lien ardent par lequel la terre rejoint les constellations.

Christine Nakamarra Curtis porte le Mina Mina Jukurrpa, l'un des plus grands récits de femmes du désert : les femmes ancestrales y dansent, font surgir du sol leurs bâtons à fouir et créent le pays en cheminant d'ouest en est. C'est le grand récit terrestre par excellence — celui de la terre façonnée, nommée, parcourue. Et c'est précisément cette terre, avec ses sites et ses itinéraires, que les Aborigènes retrouvent inscrite au ciel.

Nigel Japanangka Marshall peint le Jungunpa Jukurrpa — le Rêve de la souris sauteuse du spinifex, petit animal nocturne dont les ancêtres voyagent sous la terre. Il apporte la part de nuit et de monde souterrain — l'envers du ciel étoilé, à l'image de ces taches sombres de la Voie lactée que les Aborigènes lisent autant que ses étoiles.

Hilda Nakamarra Rogers peint les Jukurrpa de la nourriture du bush, en particulier le Lukarrara / Ngurlu Jukurrpa — le Rêve des graines : ces graines d'herbe du désert que les femmes récoltent et broient pour en faire la farine. Récit le plus terrestre, et pourtant commandé par le ciel : comme le lever des Pléiades rythmait les calendriers agricoles des anciens Babyloniens, ce sont les étoiles qui disent quand semer, quand récolter, quand la vie revient.

Une tradition vivante, un art mondial

Ces œuvres ne sont pas des illustrations : elles sont, tout à la fois, une carte, une loi, une généalogie et une prière. La cristallisation contemporaine de la plus ancienne tradition picturale vivante au monde — un art qui rayonne aujourd'hui du Metropolitan à la Tate Modern, du quai Branly au British Museum, et que nous sommes heureux d'accueillir à Bruxelles, à Koekelberg.

Leurs œuvres célèbrent leurs paysages grandioses et signifiants, porteurs d’une mémoire ancestrale, ancrée, et portée par les hommes et femmes extraordinaires qui résident dans ces contrées hors du temps, connectées à la terre, considérées par les Australiens comme les coins les plus éloignés de leur pays.

Nous nous réjouissons de vous accueillir au sein de la galerie à Bruxelles, dans notre espace de 250 m2 tout entier dédié à ces grands et petits trésors du bout du monde.

Bertrand Estrangin
Directeur de la galerie

Vernissage le mardi 23 juin, de 14h à 21h30.
Exposition à découvrir sur rendez-vous ici, du mardi au samedi de 11h à 19h.
101 rue Jules Besme, 1081 Bruxelles — +32 (0)475 55 08 54

Découvrez bientôt l’ensemble des peintures de l’exposition ici.