Exposition d’art Aborigène “Le miel sous la terre”
Des anciens d’Amata à leurs héritières

En partenariat avec le centre d’art de Tjala Arts.
A la galerie Aboriginal Signature Estrangin : 101 rue Jules Besme, 1081 Bruxelles.

Vernissage sur RDV le mardi 22 septembre de 14h à 22h.

Ensuite la galerie vous reçoit sur RDV, du mercredi 23 septembre au samedi 17 octobre 2026, du mardi au samedi, de 11h à 19h : vous pouvez réserver votre visite dés à présent dans notre agenda ici.

Œuvre de l’artiste Yaritji Young (1954) - Tjala tjukurpa - Honey ant story - 196 x 196 cm © Photo Aboriginal Signature Estrangin Gallery with the courtesy of Tjala Art & the artist.

Les visiteurs aborigènes et insulaires du détroit de Torres sont informés que cette exposition contient les noms et les images de personnes décédées.

À Amata, dans l'extrême nord-ouest de l'Australie-Méridionale, on sait lire le pied des mulgas. Un simple trou dans la terre rouge signale l'entrée des nyinantu, les galeries qui descendent à près d'un mètre sous les racines, jusqu'aux chambres des tjala, les fourmis à miel. Elles gardent dans leur corps une réserve de douceur pour les saisons sèches. Encore faut-il savoir où creuser. Ce savoir-là ne s'écrit pas : il se transmet, de main en main, de génération en génération.

C'est cette fourmi qui a donné son nom au centre d'art d'Amata. Les femmes de la communauté l'ont fondé en 1999 sous le nom de Minymaku Arts, « ce qui appartient aux femmes ». Les premiers peintres hommes les ont rejointes en 2003. Tjala Arts appartient à ses membres anangu, qui le dirigent eux-mêmes. Il est devenu l'un des foyers les plus audacieux de la peinture du désert : ses artistes sont entrés dans les grands musées australiens, et cinq sœurs d'Amata ont remporté en 2016 le prestigieux Wynne Prize de l'Art Gallery of New South Wales.

Les toiles réunies ici parcourent cette histoire. Plus qu'une sélection, elles dessinent une généalogie : quatre grands anciens, qui ont ouvert la voie et nous ont quittés, y côtoient celles qui, aujourd'hui, font vivre les récits, jusqu'à la troisième génération.

Peinture de l’artiste Mick Wikilyiri. Titre :Ngayuku ngura - My Country. 150 x 120 cm. Ref: 695-16. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Mick Wikilyiri fut d'abord stockman, cavalier des grandes stations d'élevage, avant de revenir à Amata, dont il était l'un des gardiens traditionnels. Il avait passé la soixantaine lorsqu'il prit le pinceau, dans les tout premiers ateliers ouverts aux hommes, et devint l'une des grandes figures de Tjala. Sa Tjala Tjukurpa de 2011 raconte l'histoire même de la fourmi à miel, dont les Ancêtres sont liés au pays d'Amata. Ses deux Ngayuku Ngura (« Mon pays »), de 2014 et 2016, font tourner cercles, méandres et champs de points dans des rouges, des ocres et des bleus d'une intensité presque tellurique.

Kunmanara (Ray) Ken appartenait à la même génération fondatrice. En 2010, avec Mick Wikilyiri et d'autres anciens, il fut l'un des initiateurs de Kulata Tjuta, « beaucoup de lances ». Ce projet a réuni depuis plus de deux cents hommes anangu de trois générations autour des lances et du savoir qu'elles portent. Sa toile Kulata Tjuta, peinte fin 2017, peu avant sa disparition, empile ces lances en longues strates de rouge, d'orangé, de mauve et de blanc. On croirait lire les couches d'une falaise, ou les lignes d'une paume.

Peinture de l’artiste Kunmanara (Ray) Ken. Titre : Kulata Tjuta. 198 x 152,5 cm. Ref: 664-17. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Kunmanara (Brenton) Ken, né vers 1944, était de ce même cercle d'anciens : celui de la salle de peinture des hommes d'Amata, où l'on peignait côte à côte, parfois sur la même toile. En 2013, avec Mick Wikilyiri, Ray Ken et Kunmanara (Hector) Burton, il peignait Punu Tjukurpa (« le récit des arbres »). Cette grande toile collective de près de deux mètres est aujourd'hui conservée par l'université du Queensland. Tous quatre ont aussi exposé ensemble à Melbourne.

Peinture de l’artiste Muna Kulyuru. Titre : Ngayuku Ngura - My Country (Muna Kulyuru). 198 x 198 cm. Ref: 333-25. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Kunmanara (Wawiriya) Burton était née vers 1925 près de Pipalyatjara, le pays de son père, où elle grandit dans la vie nomade de ses ancêtres. Ngangkari, c'est-à-dire guérisseuse traditionnelle, et femme de loi révérée, elle tressait et sculptait depuis longtemps lorsqu'elle commença à peindre à Tjala, vers quatre-vingts ans. Elle ne s'arrêta plus. Elle peignait les minyma mingkiri tjuta, les petites souris femelles du désert qui mettent bas puis rejoignent les trous d'eau pour nourrir leurs petits : un récit de mères, de pistes et de survie.

Sa grande toile de 2016, Ngayuku Mamaku Ngura (« Le pays de mon père »), près de deux mètres de côté, fourmille de ces pistes. Ses deux toiles de mars 2020, peintes un an avant sa disparition, à plus de quatre-vingt-dix ans, ont la liberté des derniers styles : colonnes de cercles, traits noirs, voiles de lilas et d'orangé. Enfant, disait-elle, on grandissait fort sur la terre de ses pères, « parce que c'est le pays anangu, le pays de leur esprit ».

Peinture de l’artiste Kunmanara (Wawiriya). Titre : Ngayuku ngura - My Country. 197 x 153 cm. Ref: 217-20.. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

La grande toile de 2016 de Kunmanara (Wawiriya) Burton, Ngayuku Mamaku Ngura (« Le pays de mon père »), près de deux mètres de côté, fourmille de ces pistes. Ses deux toiles de mars 2020, peintes un an avant sa disparition, à plus de quatre-vingt-dix ans, ont la liberté des derniers styles : colonnes de cercles, traits noirs, voiles de lilas et d'orangé. Enfant, disait-elle, on grandissait fort sur la terre de ses pères, « parce que c'est le pays anangu, le pays de leur esprit ».

Peinture de l’artiste Kunmanara (Wawiriya). Titre : Ngayuku ngura - My Country. 197 x 197 cm. Ref: 575-16. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Les récits ne se sont pas éteints avec eux, et c'est sans doute ce qui bouleverse le plus ici : trois générations d'une même famille se répondent sur ces murs. Yaritji Young, Maringka Tunkin et Tjungkara Ken sont filles de Mick Wikilyiri et de la peintre Kunmanara (Paniny) Mick. Elles font partie de ces sœurs Ken lauréates du Wynne Prize.

En 2023, Yaritji Young peint à son tour la Tjala Tjukurpa que son père peignait douze ans plus tôt. Même récit, autre main : sur une toile de deux mètres, des cercles vert acide et rouges s'enroulent sur fond clair, comme si la terre s'ouvrait sur ses galeries. Maringka Tunkin peint les kapi tjukula, ces trous d'eau dans la roche où la pluie demeure quand tout s'est tari, un savoir vital transmis de génération en génération.

Avec sa cadette Tjungkara Ken, elle peint aussi les Sept Sœurs (Kungkarangkalpa). Poursuivies par Nyiru, elles fuient sans cesse du ciel à la terre et de la terre au ciel, avant de reformer les Pléiades. C'est une nuit bleue et ondoyante chez Tjungkara, un embrasement de rouges chez Maringka.

Peinture de l’artiste Tjungkara Ken. Titre : Seven Sisters. 120 x 120 cm. Ref: 457-24. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Et la chaîne continue. Tanya Brady, née en 1980, est la petite-fille de Mick Wikilyiri. Sa mère, Freda Brady, est l'une des cinq sœurs Ken, et c'est auprès d'elle et de ses tantes que Tanya a appris à peindre. À Amata, c'est de cette façon que l'on apprend : Tjungkara se souvient d'avoir appris enfant, assise près des grands-mères qui racontaient l'histoire en posant les points. Comme sa mère, Tanya peint avant tout les Sept Sœurs. Engagée dans la vie de sa communauté, au conseil d'Amata comme à l'école, elle incarne cette troisième génération pour qui peindre, c'est garder vivants la loi et les récits.

D'autres voix complètent ce chœur. Naomi Kantjuriny, née en 1944, ngangkari elle aussi, ne peint que les mamu, ces esprits qui rôdent la nuit en quête du kurunpa, l'esprit des dormeurs. Elle en peint des centaines, silhouettes blanches et velues sur fond noir : l'envers inquiétant du monde, peint par celle qui soigne. « Je ne peins que les mamu. C'est tout », dit-elle.

Muna Kulyuru peint Watarru, le pays du père de sa mère, et l'histoire des femmes qui créent le paysage en le traversant, en chantant et en dansant. Ses taches jaunes y brûlent comme des braises sur un champ rouge. Barbara Mbitjana Moore, Anmatyerre originaire de Nturiya (Ti Tree), peint de mémoire, à des centaines de kilomètres, le pays de ses ancêtres, en grands arcs de couleur, du corail au turquoise : « Je fais cela pour ma famille. » Enfin, les femmes Burton, Angela Burton, Maureen Douglas et Cathy Burton, peignent ensemble leur pays sur une toile de deux mètres.

Peinture de l’artiste Barbara Mbitjana Moore. Titre : Ngayuku Ngura - My Country, Nturiya (Ti Tree). 197 x 198 cm. Ref: 138-23. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Ainsi se lit cette exposition : comme un pays où l'on apprend à creuser. Les anciens ont déposé leur savoir comme les fourmis leur miel, profondément, pour les temps de sécheresse. Celles et ceux qui restent savent où le trouver. Rien ici n'est nostalgie. Ces toiles sont vivantes, audacieuses, souvent monumentales. Elles disent ce que les Anangu entendent par Tjukurpa : non pas un passé révolu, mais une loi, une mémoire et une présence qui continuent de nourrir le présent.

Peinture de l’artiste Kunmanara (Wawiriya). Titre : Ngayuku ngura - My Country. 200 x 152 cm. Ref: 233-20. © Photo Aboriginal Signature Gallery with the courtesy of Tjala Arts and the artist.

Une tradition vivante, un art mondial

Toutes les œuvres proviennent directement de Tjala Arts et sont accompagnées de leur certificat d'authenticité. Aboriginal Signature Estrangin, première galerie bruxelloise consacrée à l'art aborigène d'Australie et adhérente à l'Indigenous Art Code, travaille en partenariat direct avec les centres d'art. Chaque acquisition soutient la communauté d'Amata et la transmission de sa culture.

Ces œuvres ne sont pas des illustrations : elles sont, tout à la fois, une carte, une loi, une généalogie, une prière, une révérence. La cristallisation contemporaine de la plus ancienne tradition picturale vivante au monde — un art qui rayonne aujourd'hui du Metropolitan à la Tate Modern, du quai Branly au British Museum, et que nous sommes heureux d'accueillir à Bruxelles, à Koekelberg.

Leurs œuvres célèbrent leurs paysages grandioses et signifiants, porteurs d’une mémoire ancestrale, ancrée, et portée par les hommes et femmes extraordinaires qui résident dans ces contrées hors du temps, connectées à la terre, considérées par les Australiens comme les coins les plus éloignés de leur pays.

Nous nous réjouissons de vous accueillir au sein de la galerie à Bruxelles, dans notre espace de 250 m2 tout entier dédié à ces grands et petits trésors du bout du monde.

Bertrand Estrangin
Directeur de la galerie

Vernissage le mardi 22 septembre 2026, de 14h à 22h.
Exposition à découvrir ensuite sur rendez-vous ici, du mardi au samedi de 11h à 19h.
101 rue Jules Besme, 1081 Bruxelles — +32 (0)475 55 08 54

Découvrez bientôt l’ensemble des peintures de l’exposition ici.